Un « 
de facto » est toujours de bel effet dans un exposé sérieux, surtout si « de jure » vient lui donner la réplique. Encore faut-il ne pas se tomber dans le petit ridicule, que l'on s'appelle X ou Y, de prononcer deu au lieu de . Une francisation outrancière risque même de conduire ce « jure » à se faire prononcer jure, tel quel, comme dans « je jure ».
     Rejeter cette gallicisation doit-il conduire, à l'inverse, à tenter la parfaite latinisation, à italianiser en quelque sorte « de jure » en dé youré ? Comme pour « alea jacta est », une certaine tradition y opposerait son inertie. Dans la langue courante, gallo-latins nous sommes et sans doute le resterons. La tolérance que cela autorise pour notre prononciation du « jure » latin (juré) ne saurait cependant s'appliquer à tout, du moins pas à « de ». Pour « de facto », en tout cas, sa prononciation est la seule preuve que le locuteur soit frotté d'humanités.