Histoire
Le
célèbre Museum National d'Histoire Naturelle a été créé par la
Convention et la non moins célèbre Histoire
Naturelle du comte de Buffon avait commencé
de paraître dès le milieu du siècle. Si chacun des deux
participait à un grand renouvellement, le mot « histoire »,
au contraire, se fossilisait pour une part.
Comme
son ancêtre grec historin,
il avait servi à désigner toute enquête menée avec soin en vue
d'accroître un savoir ; désignant la recherche elle-même, il
pouvait aussi servir à nommer le rapport qui en exposait les
résultats. Si les Histoires
d'Hérodote racontent la Perse et les guerres médiques, l'Histoire
naturelle de Pline l'Ancien traite de
géographie, des minéraux des végétaux et des animaux. Au XVIIe
siècle, François Bacon, philosophe et grand chancelier
d'Angleterre, écrivit une Histoire du règne
du roi Henri le septième
et, tout aussi bien, une Histoire des
Vents. Puis
le mot servit de plus en plus à désigner une description du passé
et de moins en moins une description de la Nature. Cela lui valut de
gagner une majuscule, comme d'autres une couronne : l'Histoire
est l'un des grands acteurs de ce monde chez moult penseurs des tout
derniers siècles, certains lui attribuant un sens, certains une
fin.
Pour
l'essentiel, le sens de ce mot s'est néanmoins spécialisé,
contrairement à ce qui arrive à tant d'autres, et la moitié
savante de nos âmes doit se tenir contente de ce gain de précision.
Il n'y a plus qu' « histoire naturelle » pour rappeler
que le mot n'était en rien réservé, au départ, à la description
de ce qui passe, et les exquises effluves surannées qui
l'accompagnent là peuvent convenir à la moitié poétique de nos âmes.