Vie des Mots

Petites réflexions sur notre langue, par Lutécole

25 avril 2009

Bouffodrome


       Lorsque le fast-food états-unien débarqua et nous libéra de notre lenteur, les commissions de terminologie produisirent la traduction que l'on pouvait attendre d'elles, une traduction qui leur ressemble, bien basse de plafond. Puisque « fast » et « food » signifient rapide et nourriture, allons-y pour « restauration rapide »...
    Or on ne peut pas dire que l'expression évoque merveilleusement l'industrialisation et la dynamisation de l'acte de se nourrir. Rien à voir avec fast-food, qui est l'image même de la pratique Amérique entraînant le monde vers une globalité joyeuse. Et quelle balourdise quand il s'agit de développer une famille de mots ! Irai-je me restaurer rapidement ? Dînerons-nous dans un restaurant rapide ? Êtes-vous amateur de restauration rapide ?
     Les partisans de « bouffodrome » sont peut être des drôlins et leur proposition ne risque pas de faire tache d'huile dans nos textes législatifs. Mais au moins dispose-t-on là de bouffodromie, bouffodromique, bouffodromal, bouffodromisant, bouffodromer, bouffodromeux, bouffodromaire,  bouffodrophile, bouffodromise, bouffodroméraste e tutti quanti.

 

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21 décembre 2008

Apriori


      Les expressions « a priori », « a posteriori », « a fortiori » font toujours bien dans le tableau ; du moins tant qu'un accent grave sur le « a » ne vient pas tout gâcher, car le latin n'en veut point. La première des trois est aussi utilisée comme nom. Il est admis que l'on puisse avoir un a priori, ou des a priori, à l'égard de quelqu'un ou de quelque chose. Dans cet emploi, la soudure serait justifiée, sans même passer par l'étape superflue du trait d'union : pas d'a-priori, mais un apriori, des aprioris.
      Dangereuse révolution ? Subversion insidieuse ? L'expression « a parte », venue de l'italien, a déjà fait cette mue : depuis longtemps on écrit un aparté, des apartés, sans trait d'union et sans accent grave, mais avec accent aigu ; et le « s » est bien accepté de l'Académie.
      Pourquoi donc n'aurait-on pas également des apostérioris à l'égard des gens et des choses ? Même pour « afortiori » on saura bien trouver une utilisation


 

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01 octobre 2008

Idéosyncrasie


      Le mot « idéologie » fut vite détourné de son sens propre et il en souffre. Tentons quelque chose pour le sortir de cet état pitoyable.
      Des philosophes français, vers la fin du XVIIIe siècle, avaient entrepris de pousser l'étude de l'esprit humain et de son fonctionnement. Estimant que l'idée est la forme élémentaire de la pensée, ils avaient fort logiquement appelé leur discipline « idéologie ». Les plus connus de ces Idéologues sont, après leur inspirateur Condillac, Volney et Destutt de Tracy.
      Le mot fut repris en Allemagne et en vint à désigner, notamment avec Karl Marx, les conceptions d'ensemble à travers lesquelles une société ou une classe voit le monde et y oriente son action. Puis le sens s'est affaibli et chargé de quelque opprobe : on aime opposer le pragmatisme du patronat et des gouvernants à l'idéologie des syndicats et des opposants.
      Or étudier les idées était une belle idée, et il n'y a plus de mot pour désigner cela. Le plus approprié étant incontestablement « idéologie », il faut le rendre à son sens premier, quoi qu'on dise. Pour désigner les conceptions collectives, qu'elles soient politiques, économiques, religieuses ou autres, lesquelles ne méritent en rien la terminaison « logie » puisque ce ne sont pas des études, on n'a qu'à se rabattre sur « idéosyncrasie », inspiré de «idiosyncrasie ». Ce mot-ci désigne, pour un individu (idios), l'ensemble (syn) de ce qui entre dans sa constitution (crasie). On pourrait dire que la syncrasie, c'est le rassemblement des éléments constituants, ce que n'est pas la logie.


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12 septembre 2008

Récession


       Les gens simples croient qu'une économie est en récession lorsque le produit intérieur d'un pays, mesure de la richesse qui s'y produit, diminue. Si les statistiques sont trimestrielles, et si le PIB diminue pendant le premier trimestre d'une certaine année, ces naïfs pensent qu'il y a eu récession au premier trimestre; que cela ne préjuge en rien de la suite; et que tant mieux s'il y a progression ensuite.
       Or les media de masse nous serinent, avec une patience méritoire, que la « définition technique » exige deux trimestres consécutifs pour qu'il y ait récession. N'espérons pas apprendre le nom du technicien de génie qui en a décidé ainsi, et cherchons encore moins à savoir si les media de masse s'interrogent sur ce qu'ils psalmodient; occupons-nous sagement de notre jardin.
       Le problème qui se pose à l'amateur de mots est que le PIB d'un pays pourrait diminuer de 2 % au premier trimestre, puis augmenter de 1 % au deuxième, diminuer à nouveau de 2% au troisième, augmenter encore de 1 % au quatrième, et ainsi de suite. Par les vertus de la définition technique, cet heureux pays ne connaîtrait jamais la récession. Mais comment désigner l'évolution de son produit intérieur, que ce soit sur un, deux, trois, quatre trimestres ou plus ? Très simple : il y a croissance négative.
 
 

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02 janvier 2008

Libérisme


      Dans les débats relatifs au libéralisme, on ne sait pas toujours s'il est question de régime politique ou d'économie. On essaie de distinguer ces deux versants en désignant le second par « néolibéralisme » ou par « ultralibéralisme », sans que ce soit bien satisfaisant.
      Le français pourrait s'inspirer de l'italien, qui réserve
« liberalismo » au politique et emploie « liberismo » pour l'économique. Un libéral se dit « liberale » dans le premier cas, « liberista » dans le second. Rien de plus facile que d'employer libérisme pour désigner le libéralisme économique et libériste pour qui en est partisan.


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18 décembre 2007

Suniens et Muniens


      Les habitants des Etats-Unis d'Amérique s'appellent les Américains et ils appellent Amérique leur grand pays. D'autres peuples du Nouveau Monde, sans doute envieux, se disent américains eux-aussi. Ils désignent de plus en plus souvent les précédents comme Etatsuniens. Ce mot vaut ce qu'il vaut ; au moins apporte-t-il une précision bien nécessaire.
      Tout à l'inverse, divers peuples du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord souffrent d'être appelés Anglais. Appelons-les donc tous Royaumuniens.
      L'abréviationomanie, qui a déjà donné le vilain "Ricains" ne devrait pas manquer de produire le pratique "Suniens" dans le premier cas et le sympathique "Muniens" dans le second. L'intérêt de "Sunien" est qu'il permet de se disputer à l'infini sur sa prononciation : çunien ou zunien ?


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