Vie des Mots

Petites réflexions sur notre langue, par Lutécole

15 août 2008

Le premier nombre


       Parlons de ces nombres que l'on dit entiers, en précisant parfois « naturels », c'est-à-dire pas encore encombrés de l'attirail des signes plus et moins. On n'arrive pas à savoir si le premier nombre, historiquement parlant, fut un ou si ce fut deux. Car si un semble plus facile à inventer, « nombre » a dû désigner d'abord la multiplicité, ce qui exclut l'unité. On trouve cela, en tout cas, sous le style d'Euclide, donc tout ce qu'il y a de plus officiellement. Puis un, las de son isolement, fut accepté parmi les nombre. Le mot « nombre » en subit le contre-coup, son sens n'étant plus strictement celui de pluralité. Toujours est-il que un devint premier.
     Les Modernes ont décidé pour leur part que, zéro étant désormais bien admis, ce serait lui le premier, et c'est officiel depuis un siècle. Ce changement peut surprendre, et même déplaire, car zéro est vraiment différent des autres : il ne correspond à rien, il indique une absence. Nous aurait-on refait le coup précédent en pire ? Et cela ne risque-t-il pas de recommencer ? Si – 1 détrônait 0 à son tour, – 2 ne manquerait pas de revendiquer. Autant aller tout de suite au bout et décréter qu'il n'y a plus de premier nombre, que tous sont égaux. Il n'en saurait être question parce qu'on sait d'expérience que certains, de toute façon, s'arrangeraient pour être encore plus égaux.
     Pour calmer nos craintes, d'ailleurs, considérons de petits usages qui nous paraissent naturels et dans lesquels, en regardant bien, on voit zéro dans la position première. Un compte à rebours digne de ce nom va jusqu'à zéro : trois, deux, un... non, pas question que la fusée parte déjà ! Moins moderne maintenant : depuis longtemps les collégiens rencontrent dans leurs problèmes, avec le point P, le point P' et, souvent, leur compère P". Et l'on sait que  « P' » et « P" » se lisent respectivement P prime et P seconde. Si nécessaire, les textes juridiques n'hésitent pas à convoquer ensuite tierce, quarte, quinte et d'autres encore. Comme la prononciation le suggère, P' serait donc le premier, et P" le second. Or c'est P le premier, dans un problème de géométrie qui se respecte. P quoi ? Faut-il dire P zéro, P zéroïque, P zérique ? La question est posée. En attendant une réponse officielle, constatons que cela ne nous dérange guère de voir P' en position seconde, et ce malgré son nom. Ainsi zéro est-il premier en mainte circonstance et un n'est-il alors que le deuxième des nombres entiers soi-disant naturels.

 

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17 juillet 2008

Napoléon premier

 
       Est-il mieux d'écrire « Napoléon I » ou « Napoléon Ier» ? C'est plus correct comme ceci, bien sûr, puisque l'on parle de « Napoléon premier » et non de « Napoléon un ».
       Est-il mieux d'écrire « Napoléon III » ou « Napoléon IIIème » ? C'est mieux comme cela, assurément, puisque cela se dit ainsi.
      Pourquoi cette différence ? En fait, aux temps anciens, on écrivait « Louis XII » en tant qu'abréviation de « Louis le douzième ». Le chiffre romain composé XII était alors l'écriture d'un ordinal (douzième) et non d'un cardinal (douze). Puis des gens instruits, croyant reconnaître en XII le nombre douze, prononcèrent « Louis douze », et semblablement pour tous les autres rois de France prénommés Louis à partir du premier, à savoir... Louis II. Les François furent plus à même de résister un tant soit peu : si « François le deuxième » est devenu « François deux », « François premier », bien qu'écrit « François I », est royalement resté « premier ». Cette petite incohérence se retrouve aussi dans certaines tables des matières : chapitre premier, chapitre deux, etc.



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29 février 2008

Billion


       En France, un billion est un million de millions, un trillion est un million de billions, un quadrillion est un million de trillions et ainsi de suite. Par ailleurs, de même qu'un milliard vaut mille millions, un billiard vaut mille billions, un trilliard vaut mille trillions et ainsi de suite. Pour aller de mille en mille on fait donc alterner les terminaisons : million, milliard, trillion, trilliard, etc.
      Aux États-Unis on va uniformément de mille en mille : un « billion » y vaut mille « millions », un « trillion » vaut mille « billions », et ainsi de suite. Ce système est incomparablement plus léger.
       Plus on aura affaire à des nombres de cette taille (en finance, en science, en informatique), plus la différence entre notre billion et le « billion » étatsunien sera source de confusion. Les Royaumuniens, nous dit-on, ont abandonné le premier système au profit du second. Peut-être serait-il sage de ménager semblable réforme.

 

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