Vie des Mots

Petites réflexions sur notre langue, par Lutécole

22 mai 2009

Logie


       La géographie est description de la Terre, physiquement autant qu'humainement. La géologie est science de la Terre et plus spécialement de sa constitution physico-chimique. La première est science, elle aussi, mais plutôt du particulier ; on doit pouvoir avancer sans trop se tromper que la seconde est un peu plus science du général. À tout le moins, le suffixe « logie » marque que cette manière d'étudier la planète entend tenir son rang dans le gratin des sciences. L'astrologie n'a plus cette prétention en tant qu'étude des astres : il a fallu se rabattre sur « astronomie » pour nommer la vraie science.
       Au XXe siècle est apparu « technologie ». Conformément à l'étymologie, cette étude est avant tout celle des techniques et des métiers. Dans les faits il en va autrement : en toute circonstance où l'on juge habile de faire valoir une technique, rien de tel que d'en parler comme d'une technologie. Finies les biotechniques, place aux biotechnologies. Il est vrai que le progrès de bien des techniques repose désormais sur des études et sur un savoir pointus, en bonne part scientifiques.
       Une autre déviation, elle sans excuse aucune, est celle de « méthodologie ». La méthode, c'est la manière réglée et consciente de cheminer, dans l'ordre intellectuel tout particulièrement, la plus illustre étant la méthode scientifique. La méthodologie est donc, en principe, l'étude des méthodes, par exemple pour les comparer. Or la pédagogie, la conduite des entreprises et moult autres activités regorgent depuis peu de méthodologies, qui ne sont jamais que des méthodes. Aux besogneux la méthode, aux experts la méthodologie !
       L'appel au suffixe « logie » pour se pousser du col n'a d'ailleurs pas attendu le siècle dernier. L'emploi de « terminologie », afin d'éviter le trop commun « vocabulaire », a déjà quelques siècles ; même « lexique » n'est pas à la hauteur dans la tâche. Ainsi va l'humain.

 

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16 novembre 2008

Voire même


      Les gens cultivés ne confondent pas « voir » avec « voire », et les gens très cultivés se reconnaissent, entre autres, à ce qu'ils évitent « voire même » ; les traités des bons usages nous rappellent, en effet, que c'est un pléonasme. Une fois ceci retenu, et pour ne être pris pour dernier des ploucs, on parsème ses propos, et sourtout ses écrits, d'élégants « voire ».
      Lorsque, non content de passer pour un esprit très cultivé, on cultive un certain mauvais esprit, on en vient à s'interroger sur ce mot, qui se termine par un e dont les érudits nous apprennent qu'il ne l'avait pas en ancien français, et dont on ne sait pas de quel mot courant on pourrait le rapprocher si ce n'est du verbe « voir ». D'éminents étymologues expliquent que « voire » vient du latin « verus », qui a surtout engendré « vrai ». En fait, « voire » fut d'abord utilisé en adverbe, comme synonyme de « vraiment ». Puis, au cours des siècles, ce sens s'est perdu et a été remplacé par celui de « et même ».
      Comme il ne saurait être question de passer pour incultes, évitons donc « voire même ». Mais que serait un monde dans lequel les règles ne connussent point d'exceptions ? Dans les occasions où l'on choisirait de passer pour inculte aux yeux des cultes, quel régal que de dire « voire même » tout en pensant ce « voire » comme signifiant vraiment ! La baguette à l'ancienne se vendant au prix que l'on sait, le « voire » à l'ancienne a lui aussi le sien.


 

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26 mai 2008

Hybris

 
     Sous la plume de bien des adeptes des humanités modernes, on rencontre un mot que le commun des mortels ignore : hubris. Il désigne l'exaltation orgueilleuse qui s'empare des individus ou des États qu'emplit le sentiment de leur puissance (une de ces démences, sans doute, que les dieux insufflent à ceux qu'ils veulent perdre). Or cette orthographe est impropre.
     Le mot grec d'origine se transcrit, lettre à lettre, ubris. Il commence par un upsilon, voyelle dont on pense qu'elle se prononçait comme le u français mais qui devient systématiquement y dans notre langue. C'est donc plutôt ybris qu'il faudrait écrire. Mais en outre, tout upsilon initial est surmonté (en principe) d'un signe appelé esprit rude, ce que l'on traduit en plaçant un h en tête. En vertu de ces règles, de même que upo et uper donnent respectivement nos préfixes hypo (en dessous) et hyper (au-dessus),ubris donne hybris.

 

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01 décembre 2007

Sémantique


      L'adjectif "sémantique" est un de ces mots savants tirés tardivement du grec et qui passent, sinon dans le discours commun, du moins dans les discours par lesquels on entend manifester sa culture. Encore convient-il de s'assurer préalablement que l'on a les plumes bien plantées.
       Or "sémantique" est parfois employé à la place de "lexical". Si "gifle" vient à être remplacé par "claque", il y a changement lexical : un élément du lexique, c'est-à-dire du stock des mots disponibles dans la langue, est substitué à un autre ; et cela ne s'accompagne pas pour autant d'un changement de sens perceptible. En revanche, si "gifle" était remplacé par "tarte" ou par "mornifle", le changement lexical s'accompagnerait, il est vrai, d'un certain changement sémantique.
      Morale : employer improprement "sémantique" constitue un dérapage sémantique.


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