27 février 2009
Les noms étrangers
La francisation des noms étrangers allait de soi au temps de la
splendeur des Rois Très Chrétiens : les formes Turin, Titien et
même Jean Képler en sont des témoignages. Avec la bizarre
prononciation anglaise, on ne se donnait pas de gants : Buckingam
était Bouquincan.
Les
choses ayant changé, on respecte mieux les prénoms : Dennis, Javier
et Tony deviennent rarement Denis, Xavier et Tonio. On met d'ailleurs
son point d'honneur à montrer que l'on sait prononcer toutes les
langues, et pas seulement celle de Shakespeare reconvertie en langue
de Wall Street. Sur nos radios cultivées, on se pique de
gutturaliser juste : Bach,
Hamas,
Charm-el-Cheikh. Ce sont là autant de marques de politesse à l'égard des étrangers,
bienvenues à ce titre.
16 avril 2008
Les clés de la modernité
À suivre l'actualité, l'époque ne manque ni de moments-clés, ni de postes-clés, ni de personnages-clés (mais qu'est donc le personnage-clef devenu ?). Si ces désignations sont bien conçues comme des mots composés, notre modernité ne se distingue guère des autres sur ce point : il y a belle lurette que l'on connaît les timbres-poste et les hommes-sandwichs. Chacun comprend que l'homme-sandwich n'est ni un lord joueur, ni même un îlien, et nul ne s'offusque de la construction verbale. Cette union de noms communs est rendue nécessaire par l'absence d'un adjectif. Qui se risquerait à évoquer un homme sandwichique, sandwichal ou sandwichesque ?
Il est permis de s'inquiéter, en revanche, devant la progression de l'écriture « homme clé », que viennent rejoindre « cellule souche » et bien d'autres. Car s'il ne s'agit pas de mots composés, il nous faut conclure que le nom « clé », tout comme « souche », est employé comme s'il s'agissait d'un véritable adjectif. Le parfum de la transgression grammatical serait-il donc si entêtant ? Ceux qui méprisent les traits d'union devraient savoir tirer les conséquences de leurs choix. Conformément aux règles de l'honnêteté ils devraient parler d'un homme clavique, d'une cellule souchaire, etc. S'il en allait ainsi, nous condescendrions à faire preuve d'une certaine tolérance en retour, au moins à l'égard de « rose bonbon ».
18 mars 2008
Hein
Nombre d'auditeurs se demandent pourquoi tant de journalistes, de politiciens et d'experts lardent leurs propos de multiples « hein ». L'explication qui circule depuis longtemps à ce sujet est qu'il s'agit de l'expression d'un effort répété. Un peu comme le bûcheron qui ahane à chaque coup porté au tronc, le compétent pousse ses « hein » de manière quasi physique, parce qu'il peine en travaillant à éclairer l'En-bas.
Une nouvelle hypothèse est actuellement en faveur chez les observateurs : il s'agirait d'un concours. Les adeptes de la Compétance glissent ces « hein » en grande quantité parce que c'est la façon la plus naturelle de monter en grade dans ce qu'eux-même appellent, de plaisante façon, la tribu des Heins.
Mais peut-être y a-t-il une explication meilleure encore.