Les débats sur la monnaie, qui atteignent un public de plus en plus vaste, donnent l'occasion d'observer un peu de désordre dans le vocabulaire des connaisseurs.

    Tous rappellent que la monnaie prit d'abord la forme métallique des lingots et des pièces, puis que furent inventés les billets. La monnaie-papier ne bénéficiant pas d'une réputation égale à celle des métaux précieux, fut qualifiée de fiduciaire, non pour dire qu'elle inspire confiance, mais qu'il lui faut l'inspirer pour assurer sa valeur.

    La monnaie de compte, pour sa part, consiste en écriture de crédits et de débits ; aussi est-elle à juste titre qualifiée de scripturale. On ne voit pas grand-monde la qualifier de fiduciaire, peut-être pour conjurer la crainte que la confiance ne lui soit pas tout acquise...

    Dernières nées, les monnaies électroniques intriguent ; l'origine privée de certaines leur vaut une curiosité soutenue. Or les présenter comme électroniques ne les caractérise pas vraiment. Celle de nos comptes bancaires, dite scipturale en souvenir de l'ère de l'encre, n'est ni plus ni moins électronique pour ce qui est de à sa matérialité. Et de même pour les porte-monnaie électroniques et autres cartes bancaires prépayées. Parler de monnaies numériques est une façon discutable de dire informatique, mais il est vrai que la monnaie de notre compte en banque est toujours dans un ordinateur ; le sien, pas le nôtre.

    Quant au terme plutôt journalistique de cash, [monnaie de] caisse en anglais, il s'observe qu'il s'agit des billets pour les particuliers (le liquide, les espèces). Pour les entreprises, grandes surtout, le cash c'est les liquidités, c'est-à-dire la monnaie disponible immédiatement ou presque, celle qui permet un investissement dans un délai rapproché.

    Tant la monnaie en papier et que les monnaies scripturales ont hérité de l'appellation « argent ».  On dit qu'on a ou que l'on veut de l'argent, pas de la monnaie ; sauf lorsqu'il s'agit de fournir ou d'obtenir l'appoint.