Contrairement à d'autres, la consonne Q ne coule pas des siècles paisibles.
      Le U qui la suit fut longtemps obligatoire. Cela allait de soit en latin : le numéral cinq s'y écrit quinque, ce qui se prononce kwin'kwé. Cet accompagnement impératif n'empêchait pas de mettre Q seul à l'honneur. Dans la sobre devise S.P.Q.R., il figure à égalité avec S, P et R, alors que lui-même n'est pas vraiment l'initiale d'un mot : SENATUS POPULUSQUE ROMANUS, où « que » est collé à « populus », est une tournure d'usage bien établi pour dire « le Sénat Et le Peuple Romains ».
      La tendance historique du français à alléger les fins des mots a produit cinq à partir de quinque (cinque en italien). Le U, inutile du fait de l'absence du E final, disparut avec lui en cette occasion. Son absence ne peut s'expliquer de la même façon  pour la graphie Iraq, qui n'est en rien l'abrégée d'une forme latine : il s'agit d'un emploi de Q inventé pour transcrire des mots venus d'un certain Orient. Si le français préfère encore Irak, la forme Qatar, pour sa part, a tendance à s'imposer sur Katar. Faut-il donc préférer bourqa à bourka, ou l'inverse ?
      Non contente d'avoir trouvé l'occasion d'évacuer le traditionnel U, la modernité s'attaque aussi à la prononciation de Q. Dans le pinyin, qui est l'écriture du chinois en alphabet latin, cette lettre se prononce ch. Le nom de dynastie Qing se dit Ching, ou encore Tsing, et fut longtemps écrit ainsi chez nous ; et semblablement pour le célèbre empereur Qin. Bref, Q est ici un ch adouci.
      Qui peut dire que les aventures de cette consonne s'arrêteront là ? Il est notable, en tout cas, qu'une partie de ces évolutions (celle de quinque devenant cinq) relève sans doute de la force de l'usage chez nos lointains prédécesseurs, tandis que les autres (Qatar, Qing) résultent de choix se voulant éclairés.